jeûne thérapeutique, approche thérapeutique cancers, starvation-dependant differential stress resistance
LE JEÛNE THÉRAPEUTIQUE MÉDICALISÉ Frédéric HÉBRAUD
           LE JEÛNE THÉRAPEUTIQUE MÉDICALISÉ                                                                                                                                          Frédéric HÉBRAUD

Le jeune thérapeutique

Lorsqu'en 2008, le Docteur Valter Longo, Directeur du "Longevity Institute" et Professeur à la "Davis School of Gerontology"de l'Université du Sud-Californie, présenta ses travaux sur la résistance aux chimiothérapies à haute dose de souris soumises à un jeûne de courte durée.....



Starvation-dependent differential stress resistance protects normal but not cancer cells against high-dose chemotherapy

Lizzia Raffaghello,* Changhan Lee, Fernando M. Safdie, Min Wei, Federica Madia, Giovanna Bianchi,* and Valter D. Longo†‡

Proc Natl Acad Sci U S A. 2008 June 17; 105(24): 8215–8220.



                                         ...... peu de Médias américains en général, et du monde médical en particulier, ont relayé cette découverte qui offrait des opportunités thérapeutiques inespérées.

 

Il est vrai que  les autorités médicales américaines préconisaient pour les personnes atteintes d'un cancer, des régimes alimentaires plutôt riches en carbohydrates pour compenser l'amaigrissement dû à la maladie. Pour un cancérologue, parler de jeûne à un de ses patients relevait de la faute professionnelle.

 

Le sujet était effectivement un peu sensible car depuis une trentaine d'années des régimes hypocaloriques chroniques pour prévenir le cancer étaient préconisés par certains médecins, ces régimes ayant montré leur efficacité dans certaines populations, pour prévenir ou retarder le développement de cancers.  La perte de poids induite par de tel régime ainsi que les problèmes de leur association avec la chimiothérapie ont empéché toute application clinique.

 

En France, en 2008, aucun journal, à ma connaissance, n'a fait part de cette découverte.

 

Et pourtant, les résultats de ses recherches auraient mérité un peu plus de curiosité:

 

Deux lots de souris identiques reçoivent une dose d'un agents anticancéreux (l'Etoposide) à trois fois la dose maximale autorisée chez l'homme. Un lot de souris a été soumis à une diète hydrique (pas d'aliment mais de l'eau à volonté) les 48 heures précédent l'injection, l'autre lot est nourri normalement jusqu'à l'injection de l'Etoposide.

 

  •  Alors que 43% des souris nourries sont mortes à J+10, seulement 6 % des souris ayant jeûné (1 sur un échantillon de 17) meurent après la chimiothérapie. Les souris de contrôle décédées présentaient de graves lésions cardiaques et cérébrales
  • Les souris qui ont jeuné, ont perdu 20% de leur poids en 48 heures de jeûne; elles ont récupéré ce poids 4 jours après la chimiothérapie, alors que durant la même période (4 jours) , les souris de contrôle perdaient environ 20% de leur poids.
  • Les souris de contrôle traitées avec l'Etoposide ont eu des effets secondaires facilement identifiables: mobilité réduite, poil ébourrifé, dos voussé, alors que les souris ayant jeuné ne montrent aucun signe visible de stress ou de douleur.

 

Une autre expérimentation a été effectuée sur des souris génétiquement différentes de celles de la première expérience mais en administrant l'Etoposide à 4 fois la dose maximale autorisée chez l'homme et en allongeant la durée du jeûne à 60 heures. 5 jours après l'administration de l'Etoposide, toutes les souris de contrôle étaient mortes.

Toutes les souris ayant jeuné étaient vivantes à J+20; elles avaient perdu 40% de leur poids pendant les 60 heures de jeûne, perte qu'elles avaient pratiquement récupérée une semaine après l'injection, sans présenter d'effet secondaire visible.

 

Des Souris génétiquement identiques et ayant développé le même type de tumeurs sensibles à l'Etoposide, sont traitées comme dans la première expérimentation. Les tumeurs sont sensiblement au même stade de développement.

 

Les résultats montrent que le jeûne de 48 heures protège les souris de la toxicité de la chimiothérapie, alors que la cellule cancéreuse voit sa sensibilité inchangée à la toxicité de l'Etoposide: c'est la notion de Resitance Différentielle Induite par le Jeûne (Starvation-dependant Differential Stress Resistance) qui protège les cellules normales et pas les cellules cancéreuses contre la toxicité induite par  de fortes doses de chimiothérapie.

 

 L'absence de nourriture force les cellules normales à se mettre dans un état de défense par rapport à leur environnement. Leur patrimoine génétique leur permet de se mettre dans un mode de survie dans lequel elles manifestent une plus grande résistance aux toxiques extérieurs. Cette adaptation cellulaire a été observée chez la levure, le vers de terre, les mammifères mais elle n'existe pas dans les cellules tumorales.

 

Cette adaptation est la conséquence de plusieurs dizaine de millions d'années d'évolution: le jeûne semblerait avoir été sélectionné par l'évolution comme un processus de protection de l'organisme contre certaines formes d'agression extérieure.

 

Cette découverte du Dr LONGO ouvre une voie très prometteuse pour détruire les cellules cancéreuse: au lieu de rechercher des médicaments qui les détruisent (et qui détruisent aussi les cellules normales), il s'agirait plutôt de chercher à les dérégler par la création d'environnements extrêmes, comme le jeûne, dont seules les cellules normales ont la capacité naturelle à s'adapter.

 

Le Dr LONGO avait reçu en 1997 le prix de la Fondation des bourses Françaises sur la maladie d'Alzheimer, reconnaissance précoce de notre pays aux talents et au devenir du jeune chercheur...

 

Et ses derniers  travaux ne sont pas passé inaperçus en France pour tout le monde...

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