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LE JEÛNE THÉRAPEUTIQUE MÉDICALISÉ Frédéric HÉBRAUD
           LE JEÛNE THÉRAPEUTIQUE MÉDICALISÉ                                                                                                                                          Frédéric HÉBRAUD

Depuis que la vie animale est apparue sur Terre, il a été nécessaire et indispensable à toutes les espèces de pouvoir survivre et même de se développer dans des conditions très peu favorables du point de vue alimentaire.

 

Cette capacité à s'adapter à la rareté de l'alimentation a été modelée par l'histoire de l'évolution.

 

Les animaux devaient non seulement être capables de stocker des réserves alimentaires énergétiques  avec un maximum d'efficacité quand l'alimentation était disponible, mais aussi être capable de l'utiliser de façon très efficiente en periode de disette.

 

De plus, le mécanisme de cette restitution d'énergie devait permettre à l'organisme de conserver toutes ses aptitudes physiques et psychiques afin d'être capable, pour les prédateurs,  de repartir à la chasse efficacement, ou être en mesure de fuir les prédateurs, pour les proies.

 

Le systême le plus efficace sélectionné par l'évolution a été le stockage des graisses dans différents tissus, qui ensuite les restituent, en l'absence d'alimentation, comme substrat énergétique.

 

Durant le jeûne, ce processus d'adaptation métabolique universel permet la mobilisation des réserves d'énergie provenant du tissus adipeux tout en préservant les proteines viscérales et musculaires.

 

C'est ce processus métabolique très puissant qui permet aux oiseaux migrateurs de parcourrir de grandes distances sans s'alimenter, à d'autres animaux d'hiberner pendant de long mois ou au poussin du Manchot Royal de supporter 4 mois de jeûne entre deux nourrissages, dans des conditions climatiques extrêmes.

 

Ce sont les travaux d'Yvon le Maho sur le Manchot royal qui ont permis de mieux comprendre le processus du jeûne chez ces animaux de l'extrème.

 

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Mais, dans nos sociétés occidentales, et en France en particulier, "le manque, la faim, c'est un malheur". 

 

Il est vrai que notre civilisation a traversé tant de siècles de guerres, de famines, d'exodes, d'épidémies, de pillages et autres calamités, que vouloir faire pratiquer le jeûne à des individus à des fins thérapeutiques relèverait plus du sadisme que de la Médecine.

 

Evidemment, notre inconscient collectif est resté traumatisé par les images des survivants des camps de concentration nazis, des soldats français de retour de captivité en Indochine ou des enfants biaffrais et ethiopiens, faméliques.

 

Malgré tout, se sont ces remarquables mécanismes physiologiques mobilisés durant le jeûne, qui ont permis aux prisonniers des camps de concentration ou aux soldats français, de résister physiquement et moralement aux privations alimentaires, aux tortures physiques et psychiques. Tous n'ont malheureusement pas pu aller au delà de leurs limites, mais certains ont pu " puiser suffisamment dans leurs réserves" pour ne pas perdre espoir et survivre.

 

Les civilisations anciennes avaient bien identifiés les vertues positives du jeûne "volontaire":

 

Les premiers grands philosophes, penseurs, et médecins utilisaient et préconisaient le jeûne pour le maintien d'une bonne santé ou pour se soigner. Hippocrate, Platon, Aristote et Galien ont tous loué les vertues du jeûne.

 

Le "Primum non Nocere" d'Hippocrate a certainement inspiré Galien qui remarqua que "le meilleur médecin, c'est la nature car elle guérit les trois quarts de toutes les maladies".

 

De nos jours on pourrait intégrer à la "nature", la notion de mode de vie:

 

"Quand on est tombé malade, il faut changer de manière de vivre. Il est clair que celle qu’on suivait est mauvaise en tout, ou en grande partie, ou en quelque chose".  Hippocrate 

 

On sait ausi que Sénèque et Ciceron pratiquaient régulièrement le jeûne, ayant observé qu'il leur permettait d'accroîte leurs performances intellectuelles.

 

Mais c'est dans le domaine religieux que le jeûne a été le plus pratiqué:

 

  • Le jeûne est profondément ancré dans les sociétés judéo-chrétienne. Moïse a jeûné pendant 40 jours sur le Mont-Sinaï et Jésus a jeûné et prié 40 jours dans le désert. Cette durée symbolique de 40 jours est également la durée du déluge pendant laquelle l'Arche de Noé a vogué sur les flots.

Il est intéressant de noter que 40 jours est aussi la durée de privation alimentaire que peut supporter, sans effet secondaire indésirable, un homme de corpulence moyenne, en bonne santé.

 

L'Église préconise le jeûne pour ses effets purificateurs sur le corps et sur l'esprit. C'est pendant le jeûne que le chrétien fait pénitence, s'ouvre à ses semblables et pratique la Charité: il offre au pauvre ce qu'il aurait consommé s'il n'avait pas jeûné.

 

Dans le Judaïsme, le jeûne s'étale sur 6 jours, répartis tout le long de l'année, le plus important étant le Yom Kippour, le jour du Grand Pardon.

 

Le jeûne est l'un des 5 pilliers de l'Islam, au même titre que la Charité. Le Coran s'est révélé à Mahomet alors qu'il jeûnait. Aujourd'hui le mois de jeûne du Ramadan est une commémoration de cet évènement.  Pour avoir pratiqué le jeûne et fait l'expérience du dépassement de soi, en parvenant à se priver de nourriture et repousser ses propres limites, Mahomet était persuadé que "si les croyants avaient véritablement conscience de la bénédiction qu'il y a dans le fait de jeûner durant le mois du Ramadan, ils souhaiteraient que ce mois dure toute l'année". Toutefois, le jeûne tel qu'il est pratiqué aujourd'hui par les croyants n'est pas de même nature que le jeûne originel. C'est un jeûne "alterné" réparti sur une journée et de ce fait les processus métaboliques mis en jeux ne sont pas les mêmes.

 

Le jeûne est aussi pratiqué par les moines bouddhistes sur des périodes plus ou moins longues, le jugeant favorable à la méditation.

Pour la religion Hindoue, son rôle est très important et des diètes sont observées différemment selon les croyances personnelles des pratiquants et des coutumes locales





Le jeûne politique

 

Appelé aussi jeûne protestataire ou grêve de la faim, c'est un moyen de protestation non violent utilisé dès le début du 20ème siècle par les Suffragettes anglaises, incarcérées pour avoir revendiqué le droit de vote pour les femmes. Ghandi l'a ensuite fréquemment utilisé dans sa lutte pour l'indépendance de l'Inde contre les anglais.

 

En France, Jean Lassalle,  député des Pyrénées Atlantiques, a suivi un jeûne de 40 jours en 2006, pour protester contre la fermeture programmée d'une usine japonaise installée dans sa circonscription.

A la suite de son hospitalisation, l'intervention de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy lui garantissant que l'entreprise resterait dans les lieux, l'a conduit à cesser son jeûne.

 

Moins glorieux, mais extrèmement efficace, Stéphane Gatignon a entamé en novembre 2012 une grève de la faim devant le Palais Bourbon pour réclamer aux pouvoirs publics 5 millions d'Euro pour soulager le budget de sa commune, Sevran, qui souffrait d'un déficit chronique dont les réserves financières ne parvenait pas à combler.

 

Le Maire, lui, n'a même pas eu à puiser dans ses propres réserves graisseuses (principe même d'un jeûne digne de ce nom), puisque, devant le risque de perdre un élu si méritant et courageux, L'Elysée a préféré, au bout de 5 jours, mettre fin à cette douloureuse épreuve de force en garantissant à Monsieur Gatignon le versement de la somme initialement réclamée. Remboursé à 1 million d'Euro par jour, le jeûne a, en France, de très beaux jours devant lui...

 

Il faut quand même se réjouir que Stéphane Gatignon ne soit pas Bobby Sands, et que François Hollande ne soit pas Margaret Thatcher! En 1981, au Royaume-Unis, des prisonniers irlandais de l'IRA Provisoire s'opposaient très violemment au gouvernement de la Dame de Fer et avaient entammé une grêve de la faim aboutissant à la mort de 10 militants, dont le célèbre Bobby sands qui refusa toute assistance médicale et qui mourut après 66 jours de jeûne. La protestation portait sur des conditions de détention très difficiles, et quand les protestataires ont entamé leur grève de la faim, leur condition physique était déjà entamée.

 

A partir de ces exemples on peut faire deux constatations:

  • l'organisme supporte très bien une absence de nourriture pendant une période relativement longue, sans altérer les capacités intellectuelles:  Ghandi a toujours montré beaucoup de combatitivité et de détermination tout au long de sa lutte pour l'indépendance de son pays; Bobby sands a continué à écrire ses livres  pendant sa grève de la faim en détention.
  • Il est extrèmement difficile de faire changer d'avis un anglais, ou un irlandais, une fois qu'il a décidé quelque chose!





L'anorexie Mentale ou le jeûne pathologique.

 

La pratique du jeûne a parfois des dérives. Dans l'anorexie mentale le patient lutte contre la faim et refuse de s'alimenter (alors que l'anorexie est une perte de l'appétit).

Ce comportement prolongé sur de longues semaines entraîne une dénutrition avec des conséquences très graves. C'est l'une des maladies psychiatriques les plus mortelles: 10% des individus atteints décèdent des conséquences de leur dénutrition.

C'est un trouble psychiatrique rencontré essentiellement chez des adolescentes chez lesquelles on trouve souvent une perturbation psychologique de l'image du corps, qui est perçu comme étant toujours trop "enrobé" malgré une maigreur extrème.

Pour éviter les phénomènes de mimétisme, depuis le 1er janvier 2013, la législation israélienne interdit aux mannequins hommes et femmes de défiler ou d'apparaître dans les médias du pays si leur indice de masse corporelle (IMC) est inférieur à 18,5.

 

Cette maladie  confirme que les mécanismes métaboliques mis en place par l'organisme lors de privation de nourriture, permettent de conserver et même d'accroître l'activité physique: l'anxiété et le besoin de maigrir entrainent chez ces jeunes femmes une hyperactivité physique qui ont pour certaines d'entre elles des issues dramatiques.

 



Origines du jeûne thérapeutique

 

Heureusement, le jeûne, lorsqu'il est judicieusement utilisé, peut soulager, soigner, et même guérir certaines maladies.

 

Hippocrate considérait que des remèdes pouvaient être trouvés dans notre alimentation, mais que seul le jeûne avait des "pouvoirs miraculeux de guérison".

 

Hippocrate est mort à 75 ans, Platon à 77 ans et Socrate à 71 ans (mais lui, pas de mort naturelle!) et celà il y a près de 2400 ans, sans la pharmacopée du 21ème siècle....

600 ans plus tard Galien a utilisé le jeûne comme "thérapie pour maintenir en équilibre les fluides du corps".

 

Au XIème siècle, Avicennes vantait les mérites des effets du jeûne sur la santé.

 

Quant à Paracelse, au XVIème siècle, il gratifia le jeûne du terme "Médecin intérieur".



Tous ces fondateurs de la médecine moderne avaient identifié depuis longtemps les bienfaits du jeûne sur les organismes.

 

En occident, le recours au jeûne à des fins thérapeutiques, a réellement débuté avec le Docteur Otto Buchinger après la Première Guerre Mondiale.

 

Ce médecin était officier de la marine impériale allemande quand il contracta une angine qui, faute de traitement disponible approprié (les antibiotiques n'existaient pas à l'époque) évolua en polyarthrite. Cette maladie le rendit invalide à 100%, l’obligeant à abandonner sa carrière militaire à quarante ans.

 

Désespéré, souffrant et sans plus savoir comment faire vivre sa famille de quatre enfants, il écoute les conseils d’un collègue qui l’encourage à suivre un jeûne sous le contrôle d'un de ses confrères.

"Ce jeûne de dix-neuf jours m’a réellement sauvé la vie. J’étais faible, amaigri, mais mes articulations étaient redevenues mobiles et indolores", écrit-il dans ses mémoires.

Un second jeûne mis fin à son invalidité et lui permis également de guérir d'une pathologie chronique de la vésicule biliaire. Il a pu ensuite pratiquer la randonnée de façon très active jusqu'à la fin de sa vie, à 88 ans.

 

Cette expérience personnelle du jeûne et sa guérison spectaculaire le décident à en faire profiter ses patients et il crée en 1920 sa première clinique avec son concept de "jeûne thérapeutique".

Il soigne d'abord l'arthrite, puis devant le succès rencontré par son établissement, il soigne un nombre croissant de maladies chroniques qui répondent au traitement par le jeûne: maladies cardiovasculaires, dermatologiques, respiratoires, digestives, métaboliques... (Les centres Buchinger soignent depuis quelques années des pathologies comme les troubles du sommeil ou le Burn-out).

 

Il publie en 1935 son livre "Guérir par le jeûne", réédité à vingt et une reprises, ainsi que de nombreux travaux scientifiques.

À ce jour, plus de deux cent mille jeûneurs ont participé à des cures dans les cliniques Buchinger.

Le Dr Buchinger est très certainement à l'origine de l'engouement des allemands pour le jeûne: 15 à 20% d'entre eux, disent l'avoir pratiqué ou le pratiquer régulièrement pour conserver une bonne santé.


Consciente des effets bénéfiques du jeûne sur la santé de ses assurés et du moindre coût de cette voie thérapeutique, la Sécurité Sociale allemande rembourse les cures de jeûne si elles sont effectuées dans des centres médicalisés. On peut remarquer, au passage, que les comptes de la Sécurité Sociale Allemande sont largement excédentaires...

 

Une dizaine d'hopitaux publics en Allemagne (dont l'Hopital de la Charité à Berlin, le plus grand complexe hospitalier européen) ont intégré le jeûne thérapeutique dans leur offre de soins et leur cursus universitaire. La pratique s'installe progressivement dans l'arsenal de la Médecine Officielle.



En Union Soviétique, au début des années 1970, le "hasard a rencontré un médecin à la pensée curieuse et originale".

 

Le Dr Nicolaev, psychiatre dans un hopital où "la camisole chimique avait remplacé la camisole de force", se trouve un jour confronté à un malade  prostré qui refusait catégoriquement toute alimentation.

 

Au lieu de le réalimenter de force, suivant les procédures habituelles, le Dr Nicolaev laisse agir l'instinct du malade et ne lui laisse que de l'eau. Il observe qu'au bout de 5 jours son négativisme diminue, le 10ème jours il s'est mis à marcher mais garde toujours le silence. Le 15ème jours, après avoir accepté un verre de jus de pomme, il est allé se promener et a repris une vie sociale. L'homme finit par se rétablir.

 

Un malade mental guéri par un simple jeûne, le cas était très troublant. Le Dr Nicolaev continu à expérimenter le jeûne sur de plus en plus de malades. Le succès dépasse ses prévisions: il traite avec le jeûne des patients atteints de schizophrénie, dépression, phobie, syndrome obsessionnel, pour des périodes de jeûne moyen de 25 à 30 jours, parfois 40.

 

Une grande campagne de recherche sur le jeûne est lancée en Union Soviétique, à l'initiative du ministère de la santé. Les psychiatres enregistrent les corrélations entres les modifications de l'organisme pendant le jeûne et l'amélioration de la santé du malade. Ils mettent en évidence que le jeûne a une influence sur de nombreuses maladies mentales, mais aussi sur la personnalité.

 

Nicolaev traite 8000 patients par le jeûne avec un net progrès pour 70% d'entre eux. Certains ont pu reprendre une vie sociale normale.

 

Nicolaev et d'autres chercheurs remarquent que non seulement le psychisme des malades s'est amélioré, mais leurs maladies somatiques aussi: polyarthrite, hypertension, asthme, eczéma...

 

Le ministère de la santé après avoir fait valider ces résultats par l'Académie des Sciences, dresse un ensemble d'indications et de contre-indications au traitement par le jeûne et l'inscrit dans une politique de santé publique.

 

Les indications: pathologie des bronches, maladies cardiovasculaires, digestives, endocriniennes, osseuses et dermatologiques.

 

Les contre-indications: cancer, tuberculose, diabète de type 1, hepatite chronique, thrombophlébite, anorexie.

 

Les médecins soviétiques ont fait de nombreuses recherches sur les mécanismes métaboliques du jeûnes. Ils ont été confirmés par les chercheurs allemands.



 





 

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