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LE JEÛNE THÉRAPEUTIQUE MÉDICALISÉ Frédéric HÉBRAUD
           LE JEÛNE THÉRAPEUTIQUE MÉDICALISÉ                                                                                                                                          Frédéric HÉBRAUD

Les travaux réalisés par le Dr Longo vont permettre de développer la recherche sur l'utilisation potentielle du jeûne à des fins thérapeutiques.

 

Il a montré que des souris ayant jeuné 48 heures supportent des doses de chimiothérapie, trois à 4 fois supérieures aux doses maximales utilisées chez l'homme, sans montrer d'altération de leur état général.

 

Il a aussi montré que cette résistance à la toxicité des agents chimiothérapiques induite par le jeûne n'existait pas dans les cellules tumorales.

 

Cette notion de "Résistance Différentielle Induite par le Jeûne" signifie que le jeûne protègerait les cellules saines, notamment celles ayant un indice de multiplication élevé (cellules souches sanguines, cellules digestives) sans protéger les cellules cancéreuses.

 

Il deviendrait donc possible de continuer à traiter des malades atteints de cancer avec les doses habituellement utilisées mais sans avoir de graves effets secondaires. 

 

Mieux, on pourrait traiter les malades avec des doses de molécules anticancéreuses beaucoup plus importantes qui seraient davantage toxiques pour les cellules cancéreuses mais qui épargnerait les cellules normales.

 

Le Dr Longo a pu tester sur 10 patients humains atteints de cancer, les effets d'un jeûne court (48 à 140 heures avant la chimiothérapie et 5 à 56 heures après) sur la tolérance à la chimiothérapie.

 

Aucun des patients, qui ont reçu en moyenne 4 cycles de différents agents anticancéreux alors qu'ils étaient à jeun, n'ont montré d'effet secondaire significatif. Les seuls signes notables étaient imputables au jeûne lui-même comme la faim ou des étourdissements. L'efficacité de la chimiothérapie mesurée par le volume de la tumeur ou le dosage des marqueurs, n'était pas modifiée comparativement aux traitements effectués sur des personnes n'ayant pas jeûné.

 

Cette expérience est poursuivie depuis dans le Norris Institute of Cancerology en Californie qui est une référence américaine en matière de lutte contre le cancer.

 

La résistance différentielle des organismes ayant jeûné par rapport aux cancers s'expliquerait par un mécanisme d'adaptation universel qui, sous l'effet du jeûne, entrainerait une modification de l'expression des gènes cellulaires. Les cellules normales, en raison de leur diète forcée, entrerait dans un état d' "auto-défense" empêchant les toxiques extérieures de pénétrer dans la cellule.

 

Le Dr Longo étudie des cellules de foie, de cœur, de muscles. Après 2 jours de jeûne il enregistre un changement radical de l'expression des gènes: certains sont surexprimés d'autres sont sous-exprimés. Les gènes modifient l'expression des cellules qui se mettent en mode de protection. Bouleversement très rapide comme si cette capacité venait d'une mémoire très ancienne.

 

"Les cellules normales ayant appris les leçons de 3 milliards d'années d'évolution se mettent en mode de protection, il y a peu de glucose, peu de nourriture, et la chimiothérapie est l'une des choses contre laquelle elle doit se protéger", c'est une sorte de réflexe atavique.

 

Après deux jours de jeune, le Dr Longo observe le fonctionnement génétique des cellules cancéreuses et note que le jeûne n'a pas modifié leur mode d'expression: " les cellules cancéreuses ont subi une mutation génétique leur permettant de proliférer mais elles ont perdu la mémoire de l'évolution et les mécanismes de protection ne se mettent pas en place.





Les cellules cancéreuses n'aiment pas les environnements où il y a peu de sucre et peu de facteurs de croissance. Non seulement elles ne sont pas protégées mais, fragilisées, elles deviennent plus sensibles à la chimiothérapie. Elles peuvent mourir ou en tout cas leur croissance est ralentie, et donc même sans chimiothérapie le jeûne peut ralentir leur croissance".

 

Comme conclut judicieusement S.Gilman et T.Langlade dans leur documentaire: "pour les cellules cancéreuses, le jeûne c'est le cauchemar".

 

Ce mécanisme de protection, d'après les observations du Dr Longo, se mettrait en place, chez l'homme, au bout de 24 à 48 heures, ce qui a été monté sur les cas humains étudiés.

 

Au bout de 24 à 48 heures l'organisme se trouve toujours dans la phase "néoglucogenèse". La baisse de la glycémie, de l'insulinémie et celle des IGF-1, seraient des signaux entrainant les cellules normales à se mettre en mode de survie, où elles manifestent une résistance accrue aux toxiques extérieurs, dont à la chimiothérapie".

 

A ce stade-là, le jeûne ne remplace pas le médicament, mais en diminuant les effets secondaires de la chimiothérapie, il permettrait même d'augmenter les doses de chimiothérapie tout en améliorant le confort de vie du malade.

 

Pourquoi alors prolonger le jeûne de plus de 48 heures si cette durée suffit à protéger  les cellules saines des agents anticancéreux ?

 

Pour cela il faut s'intéresser à la physiologie de la cellule cancéreuse, notamment à son alimentation.

 

Le passage de l'organisme de la phase "néoglucogenèse" à la phase "cétogenèse" pourrait-il avoir une influence particulière sur la résistance de la cellule cancéreuse?

 

Durant la néoglucogenèse, l'organisme continu à fournir à la cellule, le glucose et les autres nutriments dont elle a besoin pour son métabolisme. Cette situation, par rapport au contexte habituel où l'organisme est alimenté normalement, est jusque-là peu modifiée.

 

Le glucose est la source principale d'énergie pour les cellules, particulièrement pour celles avec un indice de prolifération très élevé, comme les cellules cancéreuses. C'est pourquoi un taux sanguin régulièrement élevé en glucose (par exemple dans le cas du diabète sucré), est considéré comme étant un facteur de risque majeur pour beaucoup de cancers.

 

Le Dr Warburg a décrypté le métabolisme du glucose dans la cellule cancéreuse. Sa découverte, qui lui a va lu le prix Nobel de Médecine en 1931(!) est fondamentale.

 

Elle est d'autant plus remarquable, qu'à l'époque le cycle de Krebs n'était pas encore connu: il a été découvert en 1937. Hans Krebs avait d'ailleurs été l'assistant du Dr Warburg de 1926 à 1930 avant de revenir dans le secteur hospitalier. Etant juif, il quitta l'Allemagne nazi pour l'Angleterre, en 1933, où il réalisa ses recherches. Il recevra le prix Nobel de physiologie et médecine en 1953.

 

Le Dr Warburg avait montré que la cellule cancéreuse obtenait de l'énergie en dégradant le glucose exclusivement par la voie de la glycolyse anaérobie.

 

Plus surprenant, la glycolyse était la seule voie métabolique utilisée même en présence d'oxygène. Cette glycolyse aérobie porte depuis le nom d' "effet Warburg": la plupart des cellules cancéreuses utilisent la glycolyse pour produire l'énergie dont elles ont besoin, créant de grande quantité de lactate, même en présence d'oxygène.

 

Parce que la glycolyse suit une voie de production d'énergie bien moins efficace que la chaine respiratoire (une molécule de glucose ne donne que 2ATP contre 36 ATP pour la voie respiratoire), la cellule cancéreuse a besoin de beaucoup plus de glucose pour satisfaire ses besoins en énergie.

 

Otto Warburg pensait que cette particularité des cellules cancéreuses était dûe à un dysfonctionnement irréversible de la respiration des cellules tumorales.

 

Il a été récemment montré que l' "effet Warburg" était une reprogrammation métabolique de la cellule tumorale dont l'objectif était, à partir du glucose, de pouvoir synthétiser l'ensemble des macromolécules nécessaires à une multiplication très active.

 

La production de ces constituants moléculaires était prioritaires par rapport à la production d'énergie.

 

La mitochondrie des cellules cancéreuses est tout à fait fonctionnelle, mais le cycle de Kreps se trouve court circuité pour produire des métabolites de synthèse au lieu de l'ATP.

 

Ces métabolites vont participer à la synthèse des acides nucléiques constituants de l'ADN, d'acides gras et d'acides aminés.

 

Cette reprogrammation métabolique va avoir une conséquence immédiate: les besoins de la cellule tumorale en glucose seront considérables.

 

C'est cette avidité pour le glucose qui va être utilisée par l'imagerie médicale pour localiser les tumeurs qui ont atteint une taille critique: la tomographie par émission de positons (TEP) permet de localiser et de mesurer en trois dimensions les cancers: on injecte à un malade une solution contenant du glucose radioactif. Les cellules cancéreuses vont capter des quantités de glucose bien plus importantes que les cellules normales et vont donc accumuler beaucoup plus de molécules radioactives que les cellules saines. C'est cette accumulation qui pourra être visualisée par l'intermédiaire d'un appareil d'acquisition de type scanner.

 



La decouverte de la TEP a entrainé, dans les années 2000, une remise en question des dogmes et des certitudes de la cancerologie. Les travaux récents ont démontré le rôle du métabolisme, des phénomènes inflammatoires et de l'immunité dans l'initialisation et surtout le dans le développement des cancers, offrant de nouvelles perspectives thérapeutiques.

 

Tomographie par émission de positons sur l'ensemble du corps d'un chien atteint d'un lymphome des ganglions lymphatiques en région cervicale. Le premier scanner a été réalisé avant le traitement, le second après. On note une très nette amélioration au niveau des ganglions lymphatiques cervicaux. (d'après VetDC)

 Un autre exemple de TEP issu de l'article 

Understanding the Warburg Effect: The Metabolic Requirementsof Cell Proliferation.

Matthew G. Vander Heiden1,2, Lewis C. Cantley2,*, and Craig B. Thompson3,* Science. 2009 May 22; 324(5930): 1029–1033. doi:10.1126/science.1160809

Comment la cellule cancéreuse va-t-elle se comporter dans un environnement très appauvri en glucose?

 

Au bout de 4 à 5 jours de jeûne, la glycémie devient très faible et le glucose est remplacé dans l'organisme par les corps cétoniques comme substrat énergétique.

Pour les cellules saines, les corps cétoniques sont utilisés directement dans la matrice mitochondriale fournissant de l'acétyl-CoA alimentant le cycle de Krebs.

 

Quant à la cellule tumorale elle n'est pas capable d'utiliser les corps cétoniques. Ce n'est pas une idée nouvelle: des chercheurs anglais à Birmingham avait déjà établi en 1983 que certaines cellules cancéreuses ne possédaient pas l'enzyme capable de transformer l'acétoacétate en acétyl-CoA.

 

Durant un jeûne prolongé, la cellule cancéreuse se trouve face à deux défis vitaux:

 

  • Elle ne dispose plus de substrats énergétiques fournie par l'organisme hôte, étant incapable d'exploiter énergétiquement les corps cétoniques.

 

  • L'apport en nutriments et facteurs de croissance indispensables à sa survie et à sa prolifération, est brutalement tari.

Ne pouvant plus assurer un métabolisme de base, et encore moins sa multiplication, la cellule cancéreuse est condamnée à mourir et sera en tout cas très fragilisée pour faire face à une chimiothérapie.

Toutefois cette constatation ne peut pas être généralisée, pour l'instant, à tous les types de cancer, les recherches n'ayant pas été vraiment axées depuis 1983 sur ce type de recherche.

 

Il y a eu malgré tout, ces dernières années aux Etats-Unis, des tentatives pour développer, pour les patients atteints de cancers, des régimes "cétoniques" composés de graisses et de protéines. Les résultats n'ont pas été très probants: en effet l'organisme peut continuer à produire du glucose à partir des protéines ou des graisses alimentaires via la néoglucogenèse et la résistance différentielle des cellules normales induite par le jeûne ne peut pas être initiée; les cellules cancéreuses continuent d'être alimentées en facteurs de croissance par l'alimentation.

 

Il reste à explorer ce que la cétogenèse induite par le jeûne prolongé pourrait apporter au traitement des cancers. Les premières études effectuées sur des tumeurs cérébrales sembleraient être très prometteuses.

 

Devant un parterre de dirigeants de grands laboratoires pharmaceutiques américains, Valter Longo avait déclaré: "je vous mets au défi de trouver un cocktail de médicaments capable d'avoir un effet aussi puissant que le jeûne", avec aussi peu d'effets secondaires...et aussi économe 



 

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